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International Association of Parliamentarians for Peace

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Fresque de la paix au Liban - une vision partagée de la paix

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Le Liban a encore fait la une de l’actualité récemment. Dans ce petit pays de Méditerranée orientale, les commémorations d’épisodes tragiques jalonnent le printemps : déclenchement de la guerre civile en avril 1975, invasion des forces de défense israéliennes en mars 1978, mort de plus de 100 civils dans un abri de l’ONU en avril 1996, alors que le feu israélien visait directement les positions du Hezbollah. Depuis les années 1980, le parti de Dieu chiite joue un rôle majeur dans les confrontations armées au Liban.

En Mai 2008, la bombe à retardement des luttes internes semblait devoir rallumer un conflit armé. La « guerre des esprits » durait depuis 18 mois entre le gouvernement et les groupes d’opposition. Du jour au lendemain, elle a pris un tour violent avec la décision des autorités libanaises de démanteler un réseau de communications utilisé par le Hezbollah.

Alors que beaucoup craignaient le pire —une nouvelle guerre civile sans vainqueur mais plein de vaincus — les factions en lutte ont accepté une rencontre à Doha, la capitale du Qatar, sous l’égide de la Ligue Arabe et du gouvernement Qatari. Les pourparlers, où l’émir du Qatar a mis tout son poids dans la balance, on réussi là où nombre d’efforts de médiation arabes, européens, américains et onusiens avaient échoué. Les Libanais sont tombés d’accord sur un nouveau président et une nouvelle formule de partage du pouvoir.

L’accord reflétait la réalité d’un pays qui cherche une nouvelle voie. Il a fait renaître l’optimisme : une chance s’offre au pays de définir un État plus stable pour une coexistence non-violente. On se disait depuis longtemps que c’est aux Arabes de résoudre les défis de politique et de sécurité des pays arabes. Certes, aucun champion de la paix au Moyen Orient n’ira dire que le fond du problème libanais est réglé, mais ce retournement à 180 degrés de la situation libanaise a agi comme un signal : les peuples de la région ont la possibilité de maîtriser leur défis.

Pour les ambassadeurs de paix libanais, dont le réseau traverse tous les clivages communautaires, idéologiques et politiques, l’expérience de Mai 2008 a conforté une certitude : la paix dans la région n’est pas une vision impossible.

En outre, le projet de fresque de la paix lors de la dernière semaine d’avril a illustré la volonté de la jeunesse libanaise de s’impliquer dans des micro-initiatives de paix qui profitent à tous.

A leur descente de l’autobus de Beyrouth, les jeunes volontaires arrivés dans la communauté de Fawka Nabatieh au Sud Liban ont goûté à la sensation de calme douillet d’une ville moyenne. Deux groupes de scouts libanais composés d’environ 25 membres, âgés de 15 à 20 ans ou un peu plus, sont arrivés pour peindre une fresque de la paix avec des volontaires locaux. Moyennant quoi, les jeunes de diverses communautés ont exprimé une vision commune de la paix.

Sur le trajet de Beyrouth à Nabatieh qui traverse des villes côtières, on voit paître les vaches sur les prés verdoyants ; beau contraste avec les images encore fraîches de flots de réfugiés fuyant les zones de guerre dans un passé récent. Les affiches placardées par le Hezbollah perpétuent le souvenir des sacrifices revendiqués par le groupe et les victoires qu’il a annoncées. Des fresques proclamant « plus jamais ça » avaient marqué le 30e anniversaire du début du conflit en 1975. D’âpres débats politiques alimentent des sentiments de discorde, poussant les communautés du pays à camper sur leurs positions respectives.

La fresque de la paix du Haut Nabatieh a ouvert une fenêtre de confiance sur l’avenir. Travailler ensemble a donné aux participants de communautés sunnite, chiite, et chrétienne de nouveaux horizons sur leur identité libanaise. Hussein Shamseldin participait au projet sans la moindre illusion. « Je suis venu ici pour soutenir la paix. Il n’est pas possible d’avoir la paix dans les conditions actuelles de la région – mais je travaille encore pour la paix » dit- il.

Le conseil municipal a accueilli le groupe beyrouthin emmené par Maher Kalenderian et Mohammed Saad – deux chefs scouts – Madame Hiba Othman, professeur de mathématiques et ambassadeur de paix de la FPU rompue au bénévolat, et Hermine Schellen, la représentante de la FPU.

Assad Ghandour, le chef de la municipalité, a offert les salutations, en présence de plusieurs conseillers municipaux, des figures du monde des affaires, un général en retraite de l’armée libanaise, et le principal de l’école du district de Nabatieh, Ahmad Kallas.

Hussein Ghandour, membre du conseil municipal de Fakwa et ambassadeur de paix, et Zulfikar, chef de la sécurité municipale, sont parmi les partenaires locaux qui ont beaucoup investi pour préparer le projet.

Abolir les distances entre les volontaires et les autorités municipales a suscité un enthousiasme partagé, a expliqué Hermine Schellen. « Notre simple but en venant ici était de changer ces murs en ponts de paix par un effort combiné. Beaucoup d’ONG font un travail indépendant. Pour nous, une étroite collaboration avec la municipalité était idéale. »

Alors que le soleil commençait à chauffer les trottoirs, les volontaires ont laissé éclater leur créativité en peignant des fleurs, des figures, des cœurs, une famille modèle, et des slogans de paix en diverses langues. Les jeunes de deux organisations locales de scouts et les adolescents curieux du village ont apporté leur concours. Tammam, un artiste local, a prodigué ses conseils. Il fallait un peu canaliser l’enthousiasme pour l’expression libre de ces jeunes épris de résistance afin de rester dans le cadre du thème de la paix.

Abdellatif Al-Zein a visité le site. « Il faudrait peindre des fresques de paix dans chaque village de cette région » a dit ce politicien aguerri, qui a représenté cette région au parlement libanais. En déjeunant sous les arbres, on a débattu des vertus civiques et des responsabilités éthiques.

Les Scouts arméniens Hogenmen de Achrafieh (quartiers est de Beyrouth) ont eu l’expérience de servir leur propre communauté catholique arménienne à Beyrouth, dit Maher Kalendarian, mais « pourquoi nous limiter à notre petite société ? Je veux qu’ils soient plus ouverts que les autres. Venir à Nabatieh, où nos jeunes n’ont entendu parler que de violence auparavant, c’est autre chose. »

Presque tous les scouts de Beyrouth n’avaient jamais visité Nabatieh ; les images de violence et de danger accolées à cette région par les media étaient leurs seules références.

Le groupe de Mohammed Saad appréhendait de s’aventurer dans ces lieux. Comme les préjugés tombaient rapidement, il a confirmé : « On a pu sentir qu’on est le même peuple, tous des Libanais, et les chefs scouts de Nabatieh m’ont dit qu’ils voulaient qu’on se retrouve. À Beyrouth, nous sommes nombreux à vouloir vite revenir. »

« Il y a tant de craintes qui freinent les gens. Il est relativement simple de choisir un tel projet une fois que vous y avez mis votre cœur, mais il n’est pas facile de vaincre les peurs des autres » a ajouté Hermine Schellen. La plus grande prouesse des jeunes dans ce projet était de saisir cette chance de voir que nous avons tous des traits essentiels en commun et différons surtout par nos concepts. Avec cela nous pouvons donner aux jeunes un espoir d’un meilleur avenir, où tous peuvent vivre ensemble en paix. »

Trois quotidiens arabophones et une publication en arménien ont publié des articles favorables et des photos de la fresque de la paix. Le projet de fresque était d’un coût raisonnable et grâce à la forte participation de la municipalité et de la communauté locale, très bénéfique.